
Les voyelles A, E, I, O, U, Y forment le socle phonologique du français. Avant de chercher à les faire mémoriser comme une liste de lettres, nous recommandons de travailler la discrimination auditive des sons vocaliques, puis d’ancrer chaque phonème à sa graphie par des stratégies mnémotechniques ciblées.
Phonologie avant graphie : l’ordre d’acquisition des voyelles
La mémorisation des six voyelles échoue souvent parce qu’elle court-circuite une étape. Les programmes scolaires français actuels attendent qu’en fin de Grande Section, les élèves sachent segmenter les mots à l’oral et manipuler les phonèmes avant de systématiser la reconnaissance visuelle des lettres. Autrement dit, entendre /a/ dans « bateau » précède la capacité à reconnaître la lettre A sur une page.
Cette hiérarchie phonologie-puis-graphie change la façon de construire un exercice de mémorisation. Un enfant qui confond encore /i/ et /u/ à l’oreille ne tirera aucun bénéfice d’une comptine listant les voyelles dans l’ordre alphabétique. Nous observons qu’il vaut mieux découper le travail : d’abord isoler chaque son vocalique dans des mots courts, puis associer ce son à sa lettre correspondante.
Savoir comment apprendre les voyelles repose sur ce principe : la mémoire auditive prépare la mémoire visuelle, pas l’inverse.
Discriminer les sons avant de nommer les lettres
L’exercice le plus efficace consiste à prononcer un mot monosyllabique (« sac », « rue », « lit ») et à demander quel son vocalique on entend. Ce tri auditif force le cerveau à isoler la voyelle du contexte consonantique. Une fois le son identifié sans hésitation, on montre la lettre.
Le guide ministériel « Pour enseigner la lecture et l’écriture au CP » insiste sur un point souvent négligé : chaque correspondance lettre-son étudiée doit déboucher immédiatement sur l’écrit. L’élève écrit des syllabes et de petits mots dès qu’il associe /a/ à A. Ce passage rapide à l’écriture consolide la trace mnésique bien plus qu’une simple récitation.

Moyens mnémotechniques pour retenir les voyelles A E I O U Y
Une fois la discrimination auditive en place, la question devient purement mémorielle : comment retenir que l’alphabet français compte exactement six voyelles, et lesquelles ?
La phrase-clé à image mentale
Le procédé le plus solide consiste à créer une phrase où chaque mot commence par une voyelle, dans l’ordre. La phrase classique est « Allez, Émile, Il Ose Utiliser l’Yseult ». Son défaut : elle ne produit pas d’image mentale forte. Nous recommandons de fabriquer une phrase personnelle, absurde et visuelle, car le cerveau retient mieux une image bizarre qu’une séquence logique.
Par exemple : « Arthur Épouvante Igor, Oscar Ulcère Yvette. » Chaque prénom se rattache à un visage connu de l’apprenant, ce qui ancre la séquence dans la mémoire épisodique.
Le geste associé à chaque voyelle
Associer un geste de la main à chaque lettre-voyelle exploite la mémoire kinesthésique. L’approche Borel-Maisonny, bien connue en orthophonie, assigne un geste distinct à chaque phonème vocalique. Le A correspond à une main ouverte devant la bouche, le I à un doigt pointé le long de la joue. Ce codage gestuel réduit la confusion entre voyelles proches (/e/ et /i/ notamment).
- A : bouche grande ouverte, main ouverte devant soi – le geste mime l’ouverture maximale du son
- E : la main fait un petit mouvement horizontal, comme pour dire « entre les deux »
- I : index levé le long du nez, image du « i » avec son point
- O : les doigts forment un cercle, reproduisant la forme de la bouche et de la lettre
- U : index pointé vers l’avant, lèvres arrondies et projetées
- Y : les deux bras levés en V, reproduisant la forme de la lettre
La répétition quotidienne de cette séquence gestuelle pendant quelques minutes suffit à fixer l’inventaire complet des voyelles.
Voyelle Y : pourquoi elle pose un problème distinct
Le Y est la voyelle la plus souvent oubliée. La raison est linguistique : le Y fonctionne tantôt comme voyelle, tantôt comme semi-consonne, ce qui brouille sa catégorisation. Dans « type », il se prononce /i/ et joue un rôle strictement vocalique. Dans « yeux », il produit le son /j/, perçu comme consonantique.
Cette ambivalence explique que de nombreuses comptines mnémotechniques s’arrêtent à U. Pour l’intégrer, le plus fiable reste de l’attacher physiquement à la fin de la séquence par une rime : « A-E-I-O-U, le Y est venu. » La rime force l’ajout systématique du sixième élément.

Ancrer les voyelles dans l’écriture quotidienne
La mémorisation passive (réciter la liste) s’efface en quelques jours si elle n’est pas relayée par un usage actif. Les ressources pédagogiques récentes convergent sur un principe : chaque voyelle apprise doit être écrite le jour même dans des syllabes et des mots.
Un exercice concret consiste à prendre un mot familier (« maison ») et à en extraire toutes les voyelles dans l’ordre d’apparition : A, I, O. L’apprenant réécrit ensuite le mot en ne gardant que les voyelles, puis tente de retrouver les consonnes manquantes. Ce va-et-vient entre squelette vocalique et mot complet renforce simultanément la conscience phonémique et l’orthographe.
Dictée de voyelles sur mots nouveaux
La dictée de voyelles est un format peu utilisé mais redoutablement efficace. L’enseignant ou le parent dicte un mot que l’enfant n’a jamais vu écrit. L’enfant n’écrit que les voyelles qu’il entend, dans l’ordre. Pour « locomotive », il note : O-O-O-I-E. L’exercice vérifie d’un coup la discrimination auditive et la connaissance des graphies.
- Commencer par des mots de deux syllabes avant de passer à trois ou quatre
- Alterner des mots où le Y apparaît (« stylo », « pyjama ») pour maintenir sa présence dans le répertoire actif
- Corriger immédiatement : le retour instantané sur l’erreur est le levier principal de consolidation
La combinaison d’une phrase mnémotechnique personnelle, d’un codage gestuel et d’exercices d’écriture quotidiens couvre les trois canaux de mémorisation (auditif, visuel, kinesthésique). C’est cette triple exposition, et non la répétition d’un seul procédé, qui garantit que les six voyelles A, E, I, O, U, Y restent disponibles en mémoire à long terme.